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Les activités pédagogiques dans une école de français pour les exilés

Les activités pédagogiques dans une école de français pour les exilés.

 

« Il ne faut pas négliger les compétences des apprenants et les intégrer pleinement au cours. Tout au long de leur parcours de vie, de leur parcours migratoire ils ont développé des savoirs, des savoirs-faire, pas toujours mis en avant par la société d’accueil, qu’il est important de valoriser en classe ».

Entretien avec Mariame Camara, directrice pédagogique de Thot.

Bonjour Mariame, pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Mariame Camara et je suis directrice pédagogique et co-fondatrice de la pédagogie de l’école THOT (Transmettre un HOrizon à Tous). Avant cela j’ai enseigné pendant près de 10 ans le Français Langue Étrangère en France (Paris 3, Sciences Po Paris, New York Universty …), en Angleterre et aux États-Unis (University of Illinois, Alliance Française). 

J’ai intégré Thot à ses début, quand le projet n’était encore qu’embryonnaire. J’ai été tout de suite séduite par l’idée et galvanisée par la contribution que je pouvais apporter à ce qu’on a appelé « la crise migratoire ». Je me suis donc attelée, avec Imaad Ali, à construire un cadre pédagogique solide et stable pour cette école. Cela  a été un vrai défi car j’avais surtout travaillé avec un public universitaire et avais donc une certaine vision de l’enseignement qu’il a fallu que j’ajuste. Thot m’a ouvert un horizon incroyable sur mon métier et m’a mis au défi. Même après plusieurs années d’exercice, j’apprends chaque jour de nouvelles choses au contact des apprenants et de mes collègues.  

Pourquoi était-il nécessaire de créer une école pour les exilés ?

L’équipe de Thot s’est constituée sur le terrain durant l’été 2015  où Héloise Nio et Judith Aquien (co-fondatrices de Thot rejointes plus tard par Jennifer Leblond) venaient en aide aux réfugiés et demandeurs d’asile dans des campements parisiens. Une réponse émergeait quand on leur demandait ce dont ils avaient besoin : « Où pouvons-nous apprendre le français ? ». Malheureusement l’offre de formation existante n’était pas adaptée même si de nombreuse initiatives bénévoles ont émergé, celles-ci n’offraient pas toujours une stabilité d’apprentissage (changements de formateurs fréquents, horaires instables, arrivées de nouveaux étudiants en continu), avec des formateurs bénévoles pleins de bonne volonté mais inexpérimentés. Les cours proposés en école ou centre de formation sont « onéreux » pour ces personnes parfois en très grande précarité. Enfin les cours proposés par l’OFII (l’Office Français de l’immigration et de l’intégration) ne sont réservés qu’aux réfugiés statutaires. 

Nous avons donc créé Thot où nous proposons une formation de 16 semaines diplômante, accessible à tous les exilés sans distinction de statut administratif (réfugié, demandeur d’asile, débouté etc.), abordable financièrement (le coût est de 7€/session) avec des cours dispensés par des professeurs expérimentés, une pédagogie adaptée et le tout dans un cadre stable. La spécificité de notre école est que nous nous adressons à des personnes peu ou pas scolarisées dans leur pays d’origine. 

Quelles sont les spécificités de la pédagogie à mettre en place ?

Tout d’abord il faut prendre en considération les spécificités de l’apprenant : comprendre ses besoins, savoir quel est son bagage scolaire, quelle est sa maîtrise de l’oral et de l’écrit, quelles sont les compétences et les appétences développées. A partir de tout cela découlent des objectifs, un contenu mais surtout un cadre de formation. 

Notre pédagogie fait la part belle à l’  « apprendre à apprendre » car pour beaucoup de nos étudiants, Thot représente la première expérience scolaire de leur vie et ils n’ont donc pas encore développé de méthodes d’apprentissage. 

Il est très important d’apporter de la souplesse dans l’enseignement, de ne pas se figer dans une méthodologie. Certes nous avons un programme pédagogique établi pour chacune de nos classes mais celui-ci évolue, s’adapte tout au long de la session en fonction des demandes et des besoins des apprenants. Nous sommes en perpétuelle construction conjointe, avec les apprenants, du programme de formation.  Enfin je pense qu’il ne faut pas négliger les compétences des apprenants et les intégrer pleinement au cours. Tout au long de leur parcours de vie, de leur parcours migratoire ils ont développé des savoirs, des savoirs-faire, pas toujours mis en avant par la société d’accueil, qu’il est important de valoriser dans le cours. Cela renforce leur motivation, met en valeur leurs atouts et leur montre qu’eux aussi sont dépositaires d’un savoir. 

Toutes ces mises en place pédagogiques ne peuvent exister que si l’espace d’apprentissage est libéré au mieux des autres problèmes auxquels sont confrontés nos étudiants. Je parle notamment de problèmes administratifs, juridiques ou encore sociaux C’est pour cela qu’à Thot nous proposons des pôles de soutien spécifiques (social, juridique et psychothérapeutique) pour répondre à leurs autres besoins et leur permettre de se concentrer pleinement sur leur apprentissage du français pendant les temps de classe. 

Pourriez-vous proposer quelques exemples d’activités qui vous semblent pertinentes avec le public des exilés ?

Toute activité ancrée dans le réel des apprenants est la bienvenue. Par exemple pour travailler la localisation spatiale, aller dans un bâtiment public comme une bibliothèque et demander aux apprenants de trouver un objet précis accessible grâce à des indications données par l’enseignant. Le but ici est de sortir du cadre de la salle de cours pour rendre réels les notions abstraites enseignées en classe. 

Une autre activité que l’on peut proposer à une classe, est de procéder à leur inscription à la bibliothèque. Cela met en pratique les interactions travaillées en classe. Une des enseignantes à Thot organise à chaque fin de session un repas international, les étudiants sont au manœuvre de l’élaboration du menu aux courses, de la cuisine au service et tout cela dans le but de pratiquer les notions vues. 

En somme, tout l’environnement urbain peut être un très bon canal d’enseignement, de mise en pratique.

Une autre part qu’il est intéressant de mettre en avant est toutes les activités en lien avec l’imaginaire, l’artistique, comme le dessin, le chant, qui peuvent non seulement leur permettre de s’exprimer par d’autres moyens quand ils n’ont pas encore les mots pour mais aussi travailler la phonétique ou même certains points de grammaire. Pour les publics en phase d’alphabétisation, on peut amener l’écrit par le chant en donnant du son, une approche corporelle aux lettres 

Toutes ces activités artistiques sont un terreau fertile pour une mise en lien avec la langue mais aussi pour leur ouvrir un nouvel horizon. 

Comment faire pour vous contacter et en savoir plus sur  Thot-fle ?

Pour me contacter vous pouvez m’écrire à l’adresse mail suivante : mariame@thot-fle.fr

Pour en savoir sur l’école Thot vous pouvez consulter notre site internet https://thot-fle.fr/fr/ et nous suivre sur Facebook, youtube, Twitter et Instagram. Vous pouvez également faire un don sur http://thot.iraiser.eu

 

Crédits photo RFI.

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