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Quatre activités autour du conte en classe de FLE

Entretien avec Aliette Lauginie, auteur, conteuse et enseignante à l’Université de Grenoble

 

 

Bonjour Aliette, pourriez-vous vous présenter ?

Bonjour ! Depuis 9 ans, je suis professeur de FLE au CUEF de l’Université de Grenoble, mais j’ai beaucoup circulé auparavant, du Carel de Royan à l’université Montpellier 3, en passant par l’AF de Kuala Lumpur et le SCAC de Bangkok. J’ai aussi été, dans une vie antérieure, professeur de français et documentaliste en collège et lycée.
J’ai eu l’occasion de participer à la réalisation d’une méthode de FLE, “A propos B1”, éditée par les PUG (Presses Universitaires de Grenoble), expérience vraiment enrichissante quant à la réflexion pédagogique et au travail de groupe ; l’an dernier, avec une amie prof de FLE et conteuse, Manuelle Denisse, nous avons publié “Il était une fois des contes”, un manuel pour travailler toutes les compétences du français (langue maternelle ou étrangère) à partir de 17 contes francophones (chez le même éditeur).
En parallèle à cette vie professionnelle consacrée à la didactique, je donne vie (et voix !) aux contes au sein de la compagnie “Contes à tout va”.

A votre avis, pourquoi les contes existent ?

Ce que l’on remarque, c’est que le conte et le mythe existent depuis l’aube de l’humanité, où que ce soit dans le monde. Il y a donc une réalité universelle du conte qui renvoie certainement à un universel humain… A l’origine, à des époques où les sciences balbutiaient à peine, les contes répondaient sans doute à cette nécessité rassurante d’expliquer le monde, de donner un sens à des réalités qui nous dépassent, comme celles de la création du monde ou de la disparité des caractères.
D’un autre côté, on remarque que les étudiants de toutes nationalités associent souvent le concept de morale au conte. Une autre raison de l’existence des contes, c’est sûrement leur rôle de guide, d’éducateur : en s’identifiant au héros du conte qui est confronté à une situation problématique, le lecteur ou l’auditeur peut analyser si les solutions proposées lui semblent justes, et si elles peuvent l’aider à grandir. Et comme on ne cesse jamais de grandir et de donner du sens à son existence, les contes ne sont surtout pas réservés aux enfants !
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Pourquoi un conte va toucher les étudiants ?

Comme le conte est universel, il a quelque chose de rassurant pour l’apprenant : en s’appuyant sur les contes pour apprendre une langue étrangère (et donc étrange…), il se réfère à quelque chose qu’il connait bien, qui ne lui est ni étrange, ni étranger, et il peut s’y engager en confiance. Peut-être aussi parce que le conte est souvent associé à l’enfance, à des récits profondément ancrés en eux, et liés à des émotions passées, auxquelles ils restent attachés.

Vous parlez d’une relation “donnant-donnant”, pourquoi ?

Dans “Le Premier Homme”, Albert Camus parle avec admiration de son instituteur parce qu’il se démarque des autres qui “gavent” leurs élèves de connaissances. Lorsqu’on enseigne une langue étrangère, on donne à ses apprenants les différents éléments linguistiques et culturels qui lui permettront de communiquer et d’interagir ; l’apprenant est essentiellement celui qui reçoit (ou qui est gavé, dans le pire des cas !). En apprenant à raconter dans la langue étrangère des contes qui appartiennent à sa propre culture, il offre un peu de lui-même et de sa culture. Se crée ainsi une relation “donnant-donnant” très positive pour tous. (Je ne dis pas que le conte a l’exclusivité de cette relation bien sûr, mais elle est très forte, et met l’apprenant en confiance : cela a été très sensible avec des femmes maghrébines en cours d’alphabétisation qui “se donnaient” véritablement en racontant des contes de Nasreddin qui leur étaient chers.)

Pédagogiquement, quels sont les avantages du conte ?

Le conte est un genre littéraire qui ne se réduit pas au conte merveilleux, même si c’est celui qui vient naturellement à l’esprit avec des exemples comme “Cendrillon”. Il existe aussi des contes étiologiques qui expliquent le comment et le pourquoi des choses (pourquoi la mer est salée par exemple), des contes facétieux qui font rire et réfléchir (comme la plupart des contes de Nasreddin), des contes randonnées qui nous emmènent sur des chemins répétitifs et collaboratifs (à l’image de certaines comptines comme “alouette, gentille alouette”), des contes de sagesse qui ouvrent à la réflexion et au débat, et bien d’autres…. L’existence de ces différents types de conte offre une garantie contre la monotonie.
D’autre part, les contes ne sont pas des histoires du temps jadis ; ils sont à jamais actuels, et parlent de toutes les réalités humaines, ce qui permet une multiplicité d’activités à mettre en place dans la classe.
Enfin, et ce n’est pas le moindre de ses avantages, le conte est, en général, un récit bref : on peut donc l’étudier dans son intégralité, et comme il existe sous forme écrite et orale, toutes les compétences sont sollicitées !

Quelles compétences travaille-t-on avec le conte ?

Toutes, c’est ce qui est merveilleux ! Dans le livre “Il était une fois des contes”, nous avons vraiment choisi d’en tirer profit : les contes peuvent être lus et écoutés (puisqu’il y a un CD) et des activités variées permettent de guider le travail de compréhension à l’écrit comme à l’oral. Pour chaque conte, nous entraînons les apprenants à produire, à l’écrit et à l’oral, des récits, des résumés, des contes ou même des virelangues (comme : “Nasreddin dine dans une drôle de cantine”) ou encore des mises en scène théâtrales de contes.
L’interculturel n’est pas oublié : analyser les différences entre le Cendrillon européen et ses versions sur les autres continents est intéressant. De même, on peut, après avoir étudié un conte qui parle de séduction ou d’éducation, échanger sur de la façon dont ces réalités sociales sont vécues dans différents pays.

Quels exemples d’activités pourriez-vous suggérer à partir des contes ?

Premier exemple : Avant de lire le conte qui répond à la question cruciale : “Pourquoi la mer est-elle salée ?”, on peut engager les étudiants, par groupe, à proposer leurs propres réponses. Les explications sont souvent aussi drôles qu’abracadabrantesques, et les apprenants travaillent sans s’en rendre compte, joyeusement. Dans ce type de conte, il y a une situation initiale, décrite à l’imparfait, puis un évènement qui survient au passé composé, pour arriver à la situation présente : une façon originale de comprendre quelques valeurs des temps du passé.
Deuxième exemple : Distribuer aux apprenants un conte dont les différents épisodes sont dans le désordre, afin qu’ils reconstituent le conte. Il est possible de mêler la compréhension orale à cette activité de compréhension écrite, en donnant, toujours dans le désordre, la moitié des épisodes à lire, et l’autre moitié à écouter.
Troisième exemple : Après avoir travaillé sur un conte, proposer un résumé avec des erreurs que les apprenants doivent repérer et corriger.
Quatrième exemple : Modifier la fin d’un conte universellement connu, comme Cendrillon, en demandant aux apprenants d’y introduire un personnage traditionnel des contes de leur pays.

Comment en savoir plus sur votre ouvrage ou vous contacter ?

Vous pouvez feuilleter le livre grâce à ce lien

Il a été édité aux Presses Universitaires de Grenoble (PUG), dans la collection “A lire, à dire”

BP 1549 – 38025 Grenoble cedex 1
http://www.pug.fr/theme/7/Francais%20langue%20etrangere

Contact : Aliette Lauginie aliette.lauginie@u-grenoble3.fr

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