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Gestuelle de l’enseignant : « Le geste permet d’accéder au sens et renforce la mémorisation lexicale ».

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Bonjour Marion, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

Bonjour. J’ai commencé par faire des études d’anglais. Après une maîtrise de littérature britannique, j’ai fait une maîtrise FLE car je voulais enseigner les langues. Après cela, j’ai poursuivi en DEA (l’ancien équivalent du Master 2 recherche) où j’ai commencé à travailler sur la gestuelle des enseignants de langue. Ce sujet m’a passionnée et comme il y avait peu de travaux sur le sujet, j’ai poursuivi avec un doctorat de linguistique, obtenu en 2006. J’ai ensuite été recrutée comme maître de conférences en didactique des langues à Aix Marseille Université où j’enseigne la didactique et les études de la gestuelle. Je suis également membre du Laboratoire Parole et Langage du CNRS.

 

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la gestuelle ?

J’étais enseignante de FLE et d’anglais et je voyais bien que le geste était une technique pédagogique très pertinente notamment pour l’accès au sens et pour la mémorisation lexicale. Cependant, quand j’ai cherché des informations sur le sujet, j’ai constaté qu’il y avait très peu d’études. Dans les ouvrages pédagogiques ou dans les instructions officielles, on conseille souvent aux enseignants de « faire des gestes » mais personne n’explique comment ni pourquoi. Et surtout aucune étude n’avait cherché à montrer si c’était efficace. Alors, j’ai essayé de le faire.

Pour illustrer cet entretien, auriez-vous 3 techniques à essayer en classe pour les enseignants qui nous lisent ?

 

 

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Il faut déjà expliquer de quoi il est question lorsque l’on parle de gestes pédagogiques. Il s’agit de la façon dont un enseignant utilise son corps pour faire passer du sens en langue étrangère. Au lieu de traduire ce qu’il dit dans la langue première des apprenants, il utilise son corps pour véhiculer du sens. Par exemple pour expliquer « conduire », je vais mimer le fait de tenir un volant, pour dire « travaillez par groupes de 3 », je vais faire un geste de rassemblement et indiquer le chiffre 3. Ou encore, pour féliciter un apprenant qui a bien répondu, je vais sourire et acquiescer, peut-être même applaudir. On peut donc utiliser les mains, les postures, la tête, le visage, etc.

La première chose à savoir, c’est que pour que la gestuelle soit efficace, elle doit être visible. L’enseignant est comme un acteur sur une scène de théâtre, il doit être vu et entendu de tous. Donc, de la même façon que l’on projette sa voix pour être entendu, on doit produire une gestuelle ample et dans le champ de vision des apprenants pour être vu. Il faut aussi éviter de parler en se tournant vers le tableau, de restreindre ses gestes, par exemple en tenant des feuilles de papier ou un livre des deux mains.

La deuxième chose est importante notamment lorsque l’on enseigne à des apprenants qui n’appartiennent pas à notre culture (par exemple lorsque l’on est un enseignant de FLE natif). Il faut savoir que certains gestes (pas tous, attention) sont marqués culturellement et s’ils ont une signification pour nous, ils n’en ont pas forcément pour les membres d’une autre culture. On appelle ces gestes des « emblèmes », ils ont une forme fixe et chaque culture en possède un répertoire d’environ 200, ils sont un peu comme des expressions idiomatiques gestuelles. Des gestes typiquement français que l’on peut citer en exemple sont ceux qui vont avec les expressions : « être bourré », « passer sous le nez », « c’est rasoir », « mon œil », etc. Il peut aussi arriver que le même geste existe dans deux cultures avec deux sens différents et là, bonjour les situations d’incompréhension !!! Voici quelques exemples que des enseignants de FLE m’ont rapportés : « En fait, ce sont mes élèves qui ont été choqués quand j’ai utilisé le geste « Dépêchez-vous ! « . Au Mexique, cela fait plutôt penser à une invitation à des relations intimes. » / « Dans un cours de langue, une étudiante indienne me faisait un signe de tête qui à mon sens signifiait « non » à chaque fois que je demandais si elle avait compris. J’ai réexpliqué trois fois avant de lui demander ce qu’elle ne comprenait pas (car ce n’était pas difficile) et elle s’est exclamée : ‘Mais ça fait trois fois que je vous dis que j’ai compris !’ »

Comme on peut le voir dans ces deux exemples, le même geste a des significations différentes entre les cultures, ce genre de quiproquo peut être une très bonne occasion d’aborder le sujet des emblèmes comme contenu de cours (notamment dans une perspective interculturelle).

Troisième chose, et là je reviens sur le geste pédagogique du type « mime », il faut savoir que le geste peut avoir un impact sur la mémorisation du lexique ou de la prononciation. Lorsque vous faîtes des gestes pour expliquer un mot ou pour montrer un contour prosodique, vos apprenants visuels et kinesthésiques (c’est-à-dire la majorité de vos apprenants) en bénéficient grandement. Plusieurs études et notamment une que j’ai faite avec des enfants, montrent que le fait de reproduire un geste en répétant un mot renforce la mémorisation lexicale. Ainsi, si on fait répéter le mot « livre » en mimant l’ouverture et la fermeture d’un livre avec les mains jointes, la mémorisation en sera renforcée. Bien sûr, ça marche surtout pour les mots concrets.


Comment peut-on en savoir plus sur ce thème et sur vos travaux ?

J’ai un blog « Sur le bout des doigts » où j’annonce les conférences et formations que je donne ainsi que mes publications.

Et voici un ouvrage sur le corps et la voix de l’enseignant écrit avec Lucile Cadet  !

Merci Marion et à bientôt !

Merci à vous !

  • Interview vraiment très intéressante et je ne peux qu’être d’accord avec son contenu.

    Je m’évertue au maximum, dans mes classes de FLE, à mimer les mots, ou faire des mouvements amples pour signifier des choses car cela apporte une certaine dynamique à la classe.

  • Ahmed

    Un entretien très pertinent. En tant qu’enseignant, j’avoue que le geste, le bon geste, me facilite la tâche. Rappelons que les petits dessins jouent un rôle aussi important que les gestes: pour l’apprenant marocain noter le nom des personnes ( Chimène Rodrigue) et dessiner un petit coeur entre eux suffit largement pour que l’élève comprend qu’ils sont follement amoureux l’un de l’autre. Pareil pour un conflit entre deux personnes…Merci encore!

  • Mila Vega

    Justement je parlais cet après-midi sur tout ceci avec des collègues. On est des acteurs, des dessinateurs; toute technique vaut le coup si l’on peut faire passer le sens sans traduire. Tout à fait d’accord avec vous à propos du renforcement du lexique et d’enseigner la gestuelle propre du Français. merci pour cet article.

  • Madoui Sylviane

    Merci Marion, cela nous manquait vraiment ¡ Suis prof de FLE et ai toujours utilisé la gestuelle, le mime, etc…… cela fonctionne à merveille et fait sourire ce qui ne gâche rien.

  • Dartizio

    Je suis à la retraite mais je dois absolument le partager. A vrai dire moi, je n’ai jamais lu de travaux sur la gestuelle mais c’est mon expérience qui m’a permis de comprendre l’importance des gestes. Et il y a des prof qui traduisent même les expressions les plus simples pour les enseigner à leurs élèves!

  • Bonjour,
    je travaille comme enseignant FLE aux Pays-Bas. Depuis cinq ans je me sers de la méthode gestuelle AIM (Accelerative Integrated Method) du Canada. Les résultats sont superbes! Cette méthode a été développée pour l’apprentissage du français aux élèves de l’école primaire et secondaire, mais on a commencé à développer une version anglaise aussi. Peut-être intéressant pour les profs d’anglais en France!

  • L’Olive

    Article excellent mais j’irai plus loin. Je pense que la gestuelle ne doit pas être juste celle du/de la prof, je pense que l’élève doit s’investir aussi et prendre part à la classe en utilisant la gestuelle aussi : par exemple quand on apprend à dire bonjour, les étudiants peuvent se serrer la main ou se faire la bise, c’est génial aussi pour faire la différence entre tu et vous. Apprendre les parties du corps en pointant la partie et disant le mot puis pointer à la même partie du corps de son voisin, ce qui permet de voir et revoir les adjectifs possessifs, etc…

    Les apprenants doivent être acteurs aussi et ne pas être passifs.

  • Elodie Dufour-Merle

    Bonjour Marion,
    Je suis ravie de vous retrouver sur le Café du FLE !!
    J’espère que vous allez bien?
    Au plaisir de se revoir!

    Bien à vous,

  • Diaz-Corralejo Joachim

    Parfait Marion, merci beaucoup. Formateur de formateurs à l’université, je suppose que vous connaissez l’oeuvre de Genéviève Calbris et de Jacques Montredon en France, et de Fernando Poyatos sur le non verbal en anglais et en espagnol.
    Bonne chance et du courage pour continuer si génialement.

  • Isabelle Dotan

    Merci pour l’article qui éveille surtout l’attention sur l’importance de la gestuelle. Je suppose que tout professeur expérimenté fait naturellement ces gestes en classe et personnellement j’en raffole. A vrai dire en « ouvrant » cet article j’en attendait un peu plus : techniques plus sophistiquées, gestes originaux (voire une liste de gestes), références sur la recherche dans le domaine. Existerait-il des articles sur le sujet dans des revues cotées ? J’ai essayé d’ouvrir le blog et la page d’enseignante (pour des articles ?) mais les deux liens ne fonctionnent pas… 🙁

  • Isabelle Dotan

    Merci pour l’article qui éveille surtout l’attention sur l’importance de la gestuelle. Je suppose que tout professeur expérimenté fait naturellement ces gestes en classe et personnellement j’en raffole. A vrai dire en « ouvrant » cet article je m’attendais à plus : techniques plus sophistiquées, gestes originaux (voire une liste de gestes), références sur la recherche dans le domaine. Existerait-il des articles sur le sujet dans des revues cotées ? J’ai essayé d’ouvrir le blog et la page d’enseignante (pour des articles ?) mais les deux liens ne fonctionnent pas… 🙁

  • Pascaline Maymo

    Votre article m’a vraiment donné envie d’en savoir plus! Il tombait à pic car dans le cadre de mon master, j’évoquais justement les malentendus culturels liés à la gestuelle dans la relation enseignant- apprenants.
    Je note avec beaucoup d’intérêt l’utilisation de la gestuelle pour favoriser la mémorisation des jeunes publics.
    Les 2 liens marchent bien et je suis ravie de pouvoir lire vos autres publications! J’ai d’ailleurs partagé le lien avec mes camarades de master.
    Bravo pour votre beau parcours!

  • Bibi

    Excellent article. La gestuelle est primordiale en cours, je l’utilise énormément surtout au début de l’année et pour décrire des actions ( écris, ouvre, lis, regarde. Montre, ecoute). Je n’y pense même plus quand je suis en classe, c’est souvent l’inspectrice ou un autre visiteur qui me dit  » tu dois être épuisée à la fin du cours! » mais non rentrer en classe c’est monter sur scène. Il ne faut pas oublier aussi, la voix, l’intonation, le sourire et le regard. Sur scène, on fait semblant car les spots nous éblouissent et on ne voit quasiment pas le public, en classe le public ous observe et il est à 30 cm de vous. Je recommande une video trouvée sur insufle concernant la gestuelle des français. Au debut, le geste  » c’est barbant, rasoir,  » est incompréhensible pour les apprenants.
    Encore bravo et merci pour votre travail et recherche.

  • Bonjour Marion! Il est vrai que la gestuelle peut influencer le succès des étudiants dans un cours de langues! J’ai développé une méthodologie dont un des éléments est un système de gestes. Ce système a connu beaucoup de succès dans des cours de langues, surtout au Canada, mais aussi aux Pays-Bas (Je vois que Janny vous a contacté ci-dessus) et en Australie.
    Si vous avez des questions, ou si vous aimeriez me contacter, h’hésitez pas – cela me ferait plaisir de vous parler!

  • Merci beaucoup Marion pour cet excellent article ! Je ne peux être que d’accord avec toi et cesse de le répéter dans mes formations de formateurs sur le théâtre. Le geste est au cœur de la communication et devrait être davantage pris en considération dans nos cours. D’ailleurs il est très intéressant pour les apprenants de se construire un petit dictionnaire corporel (j’ai fait le test avec mon fils de 2 ans, c’est incroyable comme il apprend vite et naturellement de cette manière !). Pour les profs qui s’intéressent à ce sujet, je vous invite également à découvrir la formation « techniques d’acteur pour enseignants » sur le blog : http://www.theatre-fle.blogspot.fr/ , on y travaille l’expression corporelle, mais aussi la présence, la voix et bien sûr l’improvisation, car c’est très juste, nous sommes ou devenons tous très vite des acteurs !

  • Pingback: Langues: Excusez mon anglais (No English, please, we’re French: study finds economic development and international engagement go hand-in-hand with English proficiency) | jcdurbant()

  • Mohamed Farouk

    En somme, c’est très profitable !

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