Interculturel. Cinq activités d’ouverture pour la classe de FLE

« Les prénoms », « les mots intraduisibles », « les façons de se saluer », « les stéréotypes », « les objets » : Barbara Mattison nous présente différentes façons de faire travailler les apprenants.

Bonjour Barbara, pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Barbara Mattison. Je suis formatrice-consultante et psy, avec une expertise dans les questions interculturelles. Depuis plus de 25 ans, je travaille dans une variété d’organisations, les entreprises, le service public, le secteur associatif … où les gens doivent travailler avec des personnes d’autres cultures. D’ailleurs, au début de ma carrière, j’étais formatrice en FLE, anglais langue étrangère et alphabétisation. A l’heure actuelle, j’accompagne les entreprises, les personnes et les équipes qui travaillent en situation interculturelle. 7

En fait, je capitalise sur mon expérience personnelle – je suis française et américaine, j’ai vécu aux US, au Canada, en Grande Bretagne et en Algérie. J’interviens comme formatrice ou facilitatrice, pour aider les personnes à décoder les interactions interculturelles et à trouver les leviers d’efficacité. Par exemple : une équipe-projet internationale dont la performance n’est pas au top, parce que la non-prise en compte des différences culturelles crée des frictions. J’accompagne de nombreux expatriés qui viennent travailler en France. Ils ont souvent du mal à comprendre certains comportements ou habitudes au travail. Ils peuvent se sentir frustrés parce que ce qui faisait leur efficacité dans leur environnement d’origine ne marche pas aussi bien dans le contexte français.

Je suis active dans une association qui s’appelle Sietar France (Society for Intercultural Education, Training and Research). Celle-ci rassemble des professionnels de différents horizons qui travaillent ces questions : formateurs en entreprise, formateurs linguistiques, intervenants dans le secteur social ou humanitaire, coordinateurs de programmes internationaux dans les grandes écoles et universités…

Pourquoi l’interculturel est important quand on est enseignant ?

Les formateurs FLE sont en première ligne pour l’interculturel. La langue et la culture sont si intimement imbriquées! C’est une question passionnante. La langue dit tant de choses sur la culture. Un formateur linguistique ne peut pas ne pas être un passeur vers la culture en question.

Une autre chose plus difficile à percevoir, c’est que la façon d’apprendre, la posture de l’enseignant, les systèmes éducatifs sont marqués par la culture. Les attentes de formateurs et les attentes des apprenants peuvent être différentes. La culture française a une propension pour la logique, la rationalité, la déduction : on explique la théorie ou la règle puis après seulement, on applique sur le terrain. D’autres cultures sont plus inductives, pragmatiques, comme les Américains ou les Anglais : ils voudront commencer par l’application et on en tire la règle après. Ils sont plus confortables dans des situations de résolution de problème pour apprendre. Les Asiatiques ont l’habitude d’écouter l’enseignant, dans une logique hiérarchique. C’est l’enseignant qui détient le savoir. Il ne leur viendrait pas à l’idée d’interrompre ou de contredire l’enseignant, ce qui est très différent de notre « confrontation d’idées » qui peut tant nous passionner, nous Français.

Vous me direz : il y a des Français qui sont très pragmatiques, et vous avez rencontré des Chinois tout à fait à l’aise dans la confrontation! C’est un vrai défi de parler des cultures sans tomber dans les stéréotypes. Mais il y a des généralisations sur les cultures qui sont extrêmement utiles.

Quelles activités pourriez suggérer en classe de FLE ?

Le choix d’exercice et la manière d’animer vont beaucoup dépendre du type de groupe d’apprenants que vous avez. Est-ce un groupe monoculturel ou non ? Avez-vous des petits groupes d’une même origine, ou des individus qui chacun proviennent de cultures différentes ?

1) Sur les stéréotypes, il y a de nombreux exercices, mais qui exigent un bonne discussion après l’exercice. Par exemple, vous demandez aux participants, organisés en petits groupes de terminer la phrase « Les Américains sont… », « Les Allemands sont… » « les Chinois sont… » etc… Dans chaque petit groupe, les participants doivent se mettre d’accord sur 7 adjectifs pour terminer la phrase. Cela donnera des choses du style : « Les Américains sont pragmatiques, sociables, amateurs de base-ball, … »

A vous de choisir les cultures-cibles en fonction du jeu de cultures dans le groupe. Il peut être intéressant de demander à un groupe de travailler sur sa propre culture. Ne pas éviter le sujet « Les Français sont… », si vous sentez le groupe assez mature pour travailler là-dessus en votre présence, et si vous-même vous êtes capable de gérer vos ressentis ! Les étrangers peuvent dire des choses inattendues et difficiles à comprendre sur notre culture. Ensuite, les groupes rapportent les résultats en grand groupe. A vous de mener une discussion sur les résultats. « Est-ce que ces phrases sont vraies ou fausses ? Objectives ? Positives ou négatives ? D’où viennent ces généralisations ? L’éducation, les médias, l’expérience personnelle ? A quoi servent les stéréotypes ? Quel effet cela fait-il sur votre interlocuteur ? C’est quoi la différence entre une généralisation et un stéréotype ?… »

Sachez que de façon générale, les stéréotypes tuent la communication interpersonnelle authentique. Donc la discussion doit être menée avec sensibilité et pédagogie si vous souhaitez que votre groupe développe ses compétences interculturelles.

2) Autre exercice que j’affectionne, à faire dans un groupe multiculturel. En petit groupe de même origine, les participants se mettent d’accord sur un objet ou une institution ou un plat ou un lieu qui selon eux serait une bonne façon d’expliquer leur culture aux autres. Ils préparent une petite présentation qui explique leur choix. Ensuite, en grand groupe, vous animez la discussion : « Alors, selon vous, qu’est-ce qu’ils vont choisir comme objet, les Anglais ?…Le thé ?, La reine ?… » C’est une bonne manière de faire émerger les stéréotypes des uns et des autres. Le groupe présente ensuite son objet. C’est souvent un moment assez émouvant, où on réalise que la culture de l’autre n’est pas du tout ce qu’on imaginait. Cet exercice met en évidence l’importance de l’écoute de l’autre.

3) Je trouve que les mots intraduisibles sont tout à fait intéressants, parce qu’on voit comment chaque culture est un système de sens et que nous ne donnons pas tous le même sens aux choses. Par exemple, je ne connais pas de bonne traduction en anglais du mot français « terroir ». Expliquer le mot « terroir » permet de parler de notre rapport à la terre, à l’agriculture, à la nourriture et la gastronomie, aux traditions et à l’héritage familial.

4) Comment dit on « bonjour » ? Comparez les différentes façons de se saluer dans les cultures dont vous avez des représentants. Qu’ils présentent le geste qui accompagne la salutation, avec sa traduction si possible. Se faire la bise est une vraie difficulté pour de nombreux étrangers ! Cela permet de reconnaître la culture des uns et des autres et de se décentrer par rapport à sa propre culture. Les membres de votre groupe se sentiront reconnus dans leur diversité.

5) Les prénoms sont un beau terrain de découverte des différences culturelles. Souvent, on ne se rend pas compte de la variété des façons que nous avons de part le monde à nous nommer. Les prénoms et leur sens, les noms de famille, les deuxièmes prénoms, les surnoms, les noms dont on hérite, les noms qui disent votre place dans la fratrie, les noms d’usage…

Comment faire pour vous contacter et en savoir plus sur l’association SIETAR ?

Sietar France est un bon endroit pour rencontrer d’autres professionnels qui travaillent sur l’interculturel et de partager des pratiques. D’ailleurs, si vous n’êtes pas en France, vous trouverez peut-être une autre entité Sietar plus près de chez vous puisque nous sommes présents dans 60 pays ! Visitez notre site www.sietar-france.org Vous y trouverez des informations sur qui nous sommes et ce que nous organisons. Nous offrons des formations, des ateliers et conférences. En ce moment nous lançons un cycle de formation de formateurs interculturels en 12 jours, avec certification.
Vous pouvez aussi me contacter barbara.mattison@sfr.fr et vous me trouverez sur linkedin.

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