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Enseigner le FLE en organisant un atelier culinaire

Co-auteure du livre « À table! », Annabelle Nachon lie plaisir et apprentissage au travers d’ateliers culinaires et linguistiques. Elle nous donne ses conseils, son retour d’expérience.
Entretien avec Annabelle Nachon.

 

 

Bonjour Annabelle, pourriez-vous vous présenter ?

J’ai enseigné le FLE pendant quinze ans et j’ai fait de la formation de formateurs, en France et aux États-Unis.
Je suis auteur de la méthode d’enseignement/apprentissage de FLE, À propos (PUG), pour les niveaux A1 à B1, co-écrite avec Christine Andant, Catherine Metton et Fabienne Nugue, notamment.
Quelques années après mon Master 2 en FLE, j’ai passé un bac professionnel en cuisine et j’organise aujourd’hui des ateliers culinaires et linguistiques : on y apprend le français tout en cuisinant !

 

Pourquoi avoir fait le lien entre la gastronomie et la pédagogie ?

Quelle que soit la nationalité des apprenants avec lesquels j’ai travaillé en France, le rapport à la nourriture était très important. Lorsque l’on se retrouve loin de son pays et de son environnement familier, activer sa mémoire gustative réconforte. Ce que l’on mange, la façon dont on le consomme en dit beaucoup sur chacun de nous. La nourriture est profondément liée à nos racines, à l’histoire de notre famille et de notre pays et il y a beaucoup de choses à raconter et à transmettre autour la table : « la cuisine est une activité humaine universelle » et « il n’existe pas plus de société qui ne cuisine pas que de société sans langage » (Levi-Strauss).
Dis-moi ce que tu manges, comment tu manges, avec qui tu manges… dis-moi si tu cuisines, ce que tu cuisines, avec qui tu cuisines… et je te dirai qui tu es !
Et lorsque j’ai enseigné le FLE à l’étranger, les apprenants étaient très curieux de la gastronomie française et j’organisais déjà, chez moi, des repas typiquement français. Nous choisissions le menu, nous allions faire les courses et nous cuisinions et partagions le repas préparé.

 

D’une manière concrète, quelles peuvent-être les étapes pour organiser un atelier culinaire en classe de FLE et le valoriser pédagogiquement ?

L’atelier culinaire et linguistique permet d’éprouver l’approche actionnelle ! Les apprenants sont mis en situation, ils doivent comprendre la mise en œuvre d’une recette et se doivent de communiquer entre eux pour réaliser une tâche finale commune : une quiche lorraine ou des choux à la crème !

Ce type d’atelier permet également de mettre en pratique une pédagogie différenciée. Peu importe le niveau de langue de l’apprenant, la collaboration entre pairs permettra la réalisation concrète d’une tâche finale, à déguster !

 

Préparer un plat typique de son pays permet de partager avec les apprenants des informations culturelles (histoire, géographie…) et sociologiques, des notions linguistiques et offre la possibilité de travailler toutes les compétences de communication.
Prenons l’exemple de la pâte à choux avec laquelle on réalise les choux à la crème, les éclair, les religieuses, le Paris-Brest, les gougères etc.
On peut aborder son histoire (son origine italienne, la cour de Catherine de Médicis, la reprise de la recette telle que nous la connaissons aujourd’hui par Antonin Carême, au début du XIXème siècle etc.).
On peut proposer une courte production écrite dans laquelle on demande aux apprenants d’imaginer l’origine du nom « éclair » (ou « Paris-Brest » ou « chouquette » etc.)
Pour la mise en place de l’atelier lui-même, on peut proposer, pour débuter une recette lacunaire à reconstituer entre pairs (concernant seulement les ingrédients, ou les quantités, ou les gestes de la cuisine…), ce qui oblige chacun à communiquer interroger l’autre.
On peut aborder le lexique de la recette : les ustensiles (une poche à douille/une douille lisse etc.), les gestes techniques (couper en dés..).
On peut proposer de remettre en ordre chronologique des actions précises (allumer – préchauffer – éteindre – rallumer…) ou mimer les gestes culinaires de la recette.
On peut aborder des points linguistiques : travailler sur la formation des antonymes (coller-décoller, brancher-débrancher…) ou la formation de l’adverbe en -ment (vigoureusement/rapidement…) ou l’utilisation problématique du verbe bouillir (« porter à ébullition »/ »faire bouillir »/ »jusqu’à ce que le lait bout »…)
On peut aussi travailler le superlatif en lançant de petits défis culinaires : qui sera le plus rapide à dresser vingt choux ? Qui fera le plus de choux ? Quels seront les choux les plus appétissants ?
On peut également découvrir les expressions liées au mot « chou » ou « crème » : tu es chou/mon petit chou/c’est bête comme chou – C’est la crème de la crème…
On peut aborder l’interculturel avec les apprenants en les interrogeant : de quoi pourriez-vous garnir ces choux dans votre pays ? Les profiteroles sont un dessert de repas de fête en France. Et dans votre pays ? Quel dessert déguste-t-on pour un repas de fête etc.

Et puis, en France, on discute beaucoup à table. Même si on y passe moins de temps qu’avant, se réunir autour d’une table reste assez fréquent. Ça peut donc être l’occasion de raconter un souvenir culinaire à l’issue de l’atelier, de parler des gens qui cuisinent dans sa famille, des recettes transmises dans son pays… Et pour finir, les français abordent très souvent des sujets polémiques, avec des amis ou en famille autour de la table ! On peut donc imaginer travailler l’argumentation, en lançant un sujet qui donne lieu à débat, pendant la dégustation des choux à la crème !
L’atelier culinaire peut donc une occasion très agréable d’aborder une infinité de choses en FLE.

 

Vous êtes aussi co-auteur de la méthode A table ? Comment peut-on la découvrir ?

En réalité, il ne s’agit pas d’une « méthode ». Il n’y a pas de progression linguistique à l’intérieur de l’ouvrage. Il peut se lire un peu comme on lirait un magazine. Il est d’ailleurs jalonné de très nombreuses photos, dont on espère qu’elles donneront aux lecteurs l’envie de s’essayer aux recettes classiques de la cuisine française !

Les neuf chapitres qui constituent le livre sont organisés autour du repas gastronomique français, envisagé dans sa pratique sociale. Comment se transmet une recette ? Où et comment les Français mangent-ils au quotidien ? Où trouver le bon produit pour préparer le repas ? De quelles régions proviennent toutes les spécialités culinaires françaises ? Que boivent les français à table ? Les arts de la table, qu’est-ce que c’est ? Quels sont les repas de fête en France ? Comment parler de ce qu’on mange ? Qu’en est-il de la gastronomie aujourd’hui ?

J’ai co-écrit À table ! avec Christine Andant. Le livre est publié aux Presses Universitaires de Grenoble, en partenariat avec la Fondation Alliance Française, le Club de la Table Française et la Mission Française du Patrimoine & des Cultures Alimentaires de l’UNESCO.
On peut trouver le livre en librairie et il est également distribué dans les Alliances Françaises.

 

Lien vers la page pour commander « A table » (PUG)

 

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    pas vraiment une discussion j’aimerais savoir si ce thème l’objet de cours durant toute l’année scolaire

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