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Progresser en écoutant ou en lisant des interviews authentiques de personnes francophones. Entretien avec Gabrielle Chort de GABFLE

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Version audio :

Bonjour Gabrielle, pourrais-tu nous présenter ton parcours ?

Bonjour Corentin, bonjour tout le monde !

Après mes études, j’ai travaillé deux ans en Lettonie. Puis j’ai eu quelques expériences d’enseignement, au CAREL de Royan ainsi qu’en milieu associatif. Et c’est en 2004 que j’ai intégré l’école Eurocentres à Amboise où je travaille depuis lors. Au sein de cette école, j’ai notamment mis en place une plateforme Ning, un espace Netvibes.

En 2008, j’ai créé, à titre personnel, le blog GABFLE, qui est toujours actif depuis. Cela m’a permis de me constituer beaucoup de contacts, et de pouvoir travailler notamment pour Hachette FLE, de participer en particulier au projet de création du manuel Agenda 3. Je participe aussi au blog T’enseignes-tu (le FLE), un projet très sympa.

Comment t’est venue l’idée de GABFLE ?

Cela faisait un moment que j’y pensais. Je trouvais qu’à l’époque, il manquait sur la Toile de ressources audio didactisées, spécialement pour l’auto-apprentissage. On trouvait déjà des documents audio issus de la presse, adaptées pour que les apprenants de FLE s’entrainent à la réception orale mais il y avait peu de conversations de la vie de tous les jours, de témoignages spontanés reflétant le français tel qu’on le parle au quotidien.

C’était toutefois dans l’air du temps, car 2008, c’est aussi l’année de naissance du blog France Bienvenue ou du projet audio Lingua

J’ai donc passé du temps à explorer tous les blogs de FLE qui existaient déjà, à apprendre à configurer un blog. Puis j’ai acheté un dictaphone numérique et j’ai commencé à aller « harceler » mes amis pour qu’ils se prêtent au jeu de l’interview… en veillant à ce qu’ils essaient de parler de la façon la plus naturelle possible afin d’obtenir des interviews qui puissent préparer les apprenants à discuter avec des personnes francophones – et pas seulement des Français évidemment !

De quoi est composé ce blog ?

Le blog est gratuit, à condition de ne pas en faire une utilisation commerciale. Il est composé de documents audio, d’exercices sous forme de « quizz », il y a les transcriptions des interviews, avec des remarques de prononciation, de grammaire, de vocabulaire… Il y a quelques documents écrits, car je privilégie l’audio, mais j’espère bien en rajouter un de ces jours.

Je propose un classement par niveaux. Le classement dans un niveau ou dans un autre n’est pas seulement inhérent à l’interview elle-même, il dépend de l’exploitation didactique que j’en fais. Par ailleurs, on peut trouver un classement par thèmes pour aider les utilisateurs à trouver des interviews en fonction de leurs centres d’intérêt.

En outre, il y a quelques liens vers une sélection de sites, un dictionnaire, mais également la possibilité de laisser des messages, des commentaires…

Qui sont les personnes interviewées, d’où viennent-elles ?

Ce sont des amis, des membres de ma famille, des collègues, des amis d’amis… Tous ceux que le projet amuse et rend curieux !

Techniquement, comment faut-il faire pour mettre en place un blog de ce type ?

Tout le monde peut faire cela, il suffit d’avoir pas mal de temps ainsi qu’un minimum de matériel et de curiosité pour les outils Internet. À la base, je n’y connaissais rien, mais on parvient toujours à ses fins lorsque l’on a l’envie de réaliser quelque chose.

J’ai un petit dictaphone numérique avec lequel je fais mes interviews. Pour traiter le son, j’ai recours à un logiciel gratuit et très accessible qui s’appelle Audacity.

Et puis pour mettre en ligne les documents audio, j’utilise des services en ligne, auparavant, des hébergeurs audio comme 4shared mais maintenant plutôt Youtube : je crée des vidéos et les y mets en ligne. Le service de création de quizz que je trouve le plus performant est Quizz.biz.

Au moment de la création du billet, j’intègre le code html des lecteurs Youtube et des quizz dans mon billet, c’est assez simple.

Quant à la transcription et aux questions, je les prépare en écoutant le document audio, c’est la partie qui prend le plus de temps mais je me suis découvert une capacité à faire preuve de patience depuis que je fais ce blog…

Pédagogiquement, que peut-on faire à partir d’un entretien ?

Avec les documents audio, les apprenants peuvent travailler tout simplement leur compréhension orale, mais de différentes façons :

  • Écoute « classique » au sein de la classe : on écoute et on répond aux questions du quizz ou on explique ce que l’on a compris.
  • Écoute en auto-apprentissage individuel : on fait l’activité sur un ordinateur. Si le niveau de la classe est hétérogène, cela permet des écoutes en fonction du niveau de chacun. On évite ainsi le problème d’apprenants pour qui l’activité de compréhension orale est trop simple alors que pour d’autres, c’est trop compliqué.
  • Possibilité de constituer un petit groupe d’apprenants, de les laisser faire l’activité en autonomie (sur un tableau numérique ou autour d’un ordinateur) et de collaborer, pendant que l’enseignant peut se consacrer à un autre groupe pour une autre tâche. Autonomisation, responsabilisation sont les bénéfices que les apprenants retirent de cette configuration de classe.

Après le travail sur les documents audio, il est intéressant d’aller plus loin. Voici quelques idées que vous pouvez adapter, moduler. Les apprenants peuvent par exemple :

  • Lire l’interview en la réécoutant puis s’amuser à la redire « à la façon de » : essayer de parler avec les mêmes intonations, le même accent, en binômes (et tous les binômes en même temps pour gagner du temps et éviter la gêne d’être écouté par de trop nombreuses personnes). Cela permet une collaboration, une entraide et un travail de phonétique qui ne sera pas décontextualisé. Pensez aussi à la possibilité de les faire s’enregistrer.
  • Comparer les façons de parler de deux personnes interviewées.
  • S’entraîner à transcrire une petite partie d’une interview puis vérifier avec la transcription qu’ils l’ont bien comprise et transcrite (pour les niveaux plus avancés, c’est profitable en vue d’un travail sur les nuances de la langue).
  • Interviewer un autre apprenant du groupe sur le même modèle, sur le même thème en utilisant l’interview écoutée comme modèle (reprise de structures, d’éléments lexicaux, et donc mémorisation).
  • Faire des présentations orales devant la classe, de type témoignage. Le principe est le même que dans le point précédent.
  • Aller à la rencontre de personnes francophones et faire des interviews puis les mettre en ligne ou les présenter aux autres apprenants. L’idée est de sortir de la classe, du contexte habituel de pratique de la langue française.

Ensuite, on peut rapporter à un autre apprenant ce qu’on a compris (pour travailler le discours indirect en B1/B2 par exemple). Cela favorise en tout cas le travail en petits groupes, permet que les apprenants aient une tâche à réaliser, ne restent pas passifs.

  • Débattre, échanger en groupes si le thème de l’interview le permet.
  • Écrire aux personnes interviewées ! Eh oui, pourquoi pas ?! Je les connais toutes, je peux leur transmettre la réponse et les motiver pour qu’elles répondent de nouveau ! Ou m’écrire, je répondrai forcément ! Toujours dans l’idée de réaliser une tâche dans la vie réelle.
  • Laisser un commentaire sur le blog ! Beaucoup d’utilisateurs le font, pour dire ce qu’ils en pensent ou réagir en racontant une expérience personnelle… Réponse garantie. Possibilité de faire la même chose avec ma page Facebook. On est toujours dans la perspective actionnelle…

Aurais-tu quelques exemples d’activités à proposer ?

Je développe un peu ce que j’évoquais plus haut sur les interviews « dans le monde réel ».

Il est possible de :

  • constituer de petits groupes dans la classe,
  • au sein de chaque groupe : prendre rendez-vous avec une personne qui maîtrise bien le français (pas forcément francophone natif, donc) et qui a des choses intéressantes à raconter a priori. Les apprenants peuvent le / la contacter eux-mêmes, cela permet une tâche de rédaction d’e-mails ou d’appels téléphoniques avant la réalisation de l’interview. C’est possible même à l’étranger, les apprenants peuvent essayer de prendre contact eux-mêmes avec, par exemple, un restaurateur francophone, une expatriée travaillant pour une entreprise francophone, un enseignant natif d’un pays francophone, ou même une personne de leur pays qui maîtrise bien le français, évidemment…
  • préparer des questions, s’entraîner à les poser,
  • faire venir la personne dans l’établissement ou, mieux, si possible, aller à sa rencontre,
  • l’interviewer et l’enregistrer (si on n’a pas de dictaphone, un grand nombre de téléphones portables ont maintenant une fonction d’enregistreur),
  • puis après la rencontre, réécouter l’interview, extraire les idées principales, prendre des notes,
  • ensuite, organiser une séance de présentations orales des expériences avec possibilité de faire écouter au reste des apprenants tout ou une partie des interviews.

Apport : pratiquer le français en dehors de la classe, réaliser une tâche dans la vie réelle, se mettre dans une vraie situation de communication en dehors du contexte habituel d’apprentissage.

Et si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à les proposer en commentaires !

À bientôt sur GABFLE ou sur la page Facebook du blog !

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